La Course du Drame.

Je gagne le Fastnet 77 et me noie avec mon beauf dans l’édition 79. « Fastnet 79″ allez voir sur internet, vous ne serez pas déçu.
Heureux de mes entraînements en dériveur et du critérium national de Yole OK, je m’apprête à prendre l’avion pour Southampton et ainsi rejoindre Cowes pour le départ. C’est seulement 2 semaines avant le Championnat de France Junior, mais le Fasnet, ça ne se refuse pas. Pas dans ma situation. Surtout pas avec mes ambitions.
D’autant plus que l’équipage va assurer. les potes que j’accompagne sont d’un super niveau, certains écriront une CV long comme le bras. A commencer par un petit frisé qui gagnera Figaro et Vendée Globe avant de péter les plomb et vivre comme un quasi Hermite dans un désert en Amérique du sud.
Nous connaissons Bip Bip sur le bout des doigt. Il est solide avec son gréement en tête à comparer à la nouvelle génération. Un atout dans cette mer d’Irlande au caractère fort.
Alors, on fonce vers la Glaouchie.
A l’aéroport de Cherbourg, assez petit pour discuter avec les agents, un contrôleur nous montre une carte météo de l’atlantique. Sur cette carte, loin, très loin au large, une dépression déjà bien creuse: « L’on ne sais pas encore comment va évoluer cette dépression, mais ce qui est sur, c’est que vous allez vous faire secouer les gars ».
Bon… On y va?
Arrivé à Cowes, les préparatifs se déroulent sous un joli soleil. Tout est calme. Sauf dans les bars, le soir. Nous vivons tous cette période avec une vrai complicité. La route est tracée, sous contrôle. Les ingrédients sont réunis pour une belle aventure.
Départ comme d’ab avec un fond de thermique. Donc tirer le premier bord le long du Squadron, puis longer la côte de l’Ile de White, puis traverser pour rejoindre Christchurch Point, pour se faire éjecter avec le courant devenu favorable avec la renverse. Se faire doubler progressivement par les plus gros que nous. Ce qui est forcément le cas puisque nous sommes les plus petits.
Bref, comme en 1977. Tout bien. Pas de prise de Tête. Ça roule. La vie à bord s’installe avec, comme à chaque fois ce drôle de sentiment. Excitation et inquiétude mêlées. Ce n’est toujours pas naturel de se coucher à vingt heure dans ces circonstances là.
Bref, comme en 77.
Je continue à prendre le quart dont personne ne veut. J’adore.
Je me couche tôt pour reprendre du service à minuit. Le courant est à nouveau contre nous le long de la côte Anglaise. Nous avons choisi de la longer plutôt que de piquer vers le large. Ça nous protège de ce flot et nous permet de progresser. Les grandes classes, plus rapides, peuvent tenter le passage au large, pas nous.
Belle progression de nuit jusqu’à Star Point, prés de Pool. La pointe accélère le courant de marée. Nous tentons de passer au ras de la terre. Mais nous ne sonnes pas les seuls. De grosses unités ont eu la même idée et butent comme nous sur ce cap. Nuit noire. L’on s’approche de plus en plus. Nous entendons des concurrents talonner. Après de multiples tentatives, nous y retournons. Un Admiraleur moderne, avec une jupe arrière immense arrive tribord amure. Prioritaire. De nuit, je ne vois pas cette jupe que j’emplafonne. Rien de grave, mais le propriétaire, lucide, calme le jeu et décide d’attendre sagement sous grand voile seule que le courant se calme. Et nous aussi par la même occasion!

bulletin météo
anticipation
à fond la caisse
c’est trop, stop, en fuite
les bouquins de tempête
gros baston
on est nul
les bateaux croisés qui disparaissent, mat derrière les vagues
déferlantes
tension
la gamelle
harnais
filières
hématome
reprendre la barre
surprise des autres
bouffe, verre cassé, batteries et gueuses
hublot et mat cassés
on compte sur moi
mode d’emploi des fusée, du bib



Du Retour à l’Ecole à la Course du Drame.

Retour sur les bancs (de rappel) de l’école version régate. J’ai arrêté le dériveur pour l’aventure Rêve Orange, il y a déjà 3 ans.
Je ne regrette pas. Ces années mon permis de trouver ce qui ressemble à mon domaine de prédilection. La course au large. J’y prends plaisir, m’y ai fait une place au soleil, ce qui me donne une véritable volonté que l’on pourrait commencer à appeler de l’ambition.
MAIS.
Il y a un mais
Se frotter au gratin Anglais avec Rêve Orange, des résultats moyens, nous avions l’excuse d’un bateau déjà dépassé par rapports aux nouveaux quarters.
Les courses du RORC avec Bip Bip, extrêmement encouragent. C’est clair que les courses de fonds me vont bien.
Se frotter au gratin Français lors de la sélection. Là. La claque. Sans ce safran cassé, nous serions passé, mais un cran en dessous des meilleurs. J’ai fait beaucoup d’erreur.
D’accord, je suis vraiment jeune.
Hé bien justement, je dois me bouger.
Alors, retour sur les bancs de rappel. retour au dériveur.
Au fait. Je suis jeune! Tellement jeune que je suis encore junior: A mois le Championnat de France Junior. Je m’essaie en 420. La cata. Alors, retour au solitaire.
Je m’achète une Yole OK, série officielle avant l’arrivée du Lazer. Et m’inscrit 2 épreuves, le critérium National et le Championnat de France Junior, en passant par les sélections de la ligue Basse Normandie. J’accepte aussi de revenir sur Bip Bip pour le Fastnet. Une belle saison se présente. J’en attends beaucoup.
Pas ridicule au critérium, compte tenu que c’est ma première régate en Yole. Je finis 5ème du championnat de France junior, avec de vrais belles manches dans de petit temps et des manches de brises sans perdre l’équilibre de ce dériveur piégeux au portant dans la brise.
Très heureux de ce résultats, cela m’a permis de me retrouver seul (je n’avais pas pris d’assistance pour m’aider à terre), dans un anonymat complet, à me battre dans le paquet pour tenter d’en ressortir par le haut. Je me suis senti progresser et j’ai surtout intégrer que j’ai une marge de progression et que je peux y arriver.
Je suis d’autant plus heureux de ce résultat que huit jours avant, je participais au Fastnet 79, le course au large la plus meurtrière de l’hémisphère nord. 15 navigateurs y ont laissé leur vie.



De Bip Bip à Coyote…

Juste rentré chez moi, Mr Georges, riche industriel membre du même club de voile me propose d’investir dans l’évolution de Cheval Fou si j’accepte de le barrer.
?
??
Il a dit quoi d’Georges?
Si j’accepte de le barrer? Mais il ne m’a pas bien regardé avec mes cheveux trop longs, trop sales et ma carrure d’huitre. Et mon expérience de nouveau né!
Peut être a t’il été marqué par une sortie en commun.Je lui tournais autour avec rêve Orange alors qu’il venait d’acheter le même voilier que le vainqueur de la course en solitaire du figaro. Un Half Tonner tout neuf qui se fait doubler par un quarter vieillissant, forcément ça marque. Il aurait pu se fâcher, mais non. Au contraire, il a gardé un œil sur le reste de la saison. La semaine de la Reine et la victoire au Fastnet ont compté, même si je n’y ai pas été pour grand chose.
Son programme, les courses du RORC et la sélection pour la Half Ton Cup. Avec les régates locales pour se mettre au point. Vraiment intéressant, une autre fortune locale se dote du même engin et choisi comme barreur cette vielle gloire qui a tant mangé cette année et qui s’est incroyablement vexé de ne plus être LA référence.
De multiples arguments pour ne pas pouvoir refuser.

Ça a donné quoi?
Pour faire court, la plus belle saison de ma vie. Nous avons TOUT gagné et notre vieille gloire en a définitivement perdu son Orgueil…
Au total plus de 70 manches gagnées. Il n’a que la Half Ton Cup, le championnat du monde de la catégorie, qui s’est refusée en raison d’un safran cassé dans le grande course des sélections françaises.
Petite histoire, l’oral de rattrapage du BAC s’est déroulé en même temps que ces épreuves de sélection. Mes parents ne savaient pas que j’étais en Angleterre pendant les oraux. C’est au retour que j’ai appris ma réussite au premier tour… Passion!
Même si, avec d’autres, je fais parti de cette génération montante, je sens que je manque de niveau. Des victoires locales bien trop faciles, des résultats extérieurs encourageant mais pas réellement brillants. J’ai ramé pendant les sélections au Championnat du monde.
Beaucoup d’excitation de part la nouveauté, notre très jeunes âge. Mais vraiment, au sortir de cette saison, je développe un complexe, un stress et une envie de ne pas en rester là.



Fin de Saison en Pente Douce.

Retour vers le monde civilisé. En effet, la Glaouchies, ça va un moment, mais je finis par m’en lasser. D’autant plus que, avec 2/20 de moyenne en anglais, c’est encore plus difficile d’apprécier le « fair play » légendaire de ses habitants. « Fair play » bien fourbe et imbibé d’une bonne dose de mauvaise foi.
Salop de glaouches. Sus aux Anglais! Disait t’ont au 11ème siècle… C’est pas nouveau que nos relations sont difficiles nos voisins d’outre Manche.
Retour en France mi août. Les réalités austères se rapprochent de moi. Je sens que l’atterrissage au lycée va être brutal. La Terminale, c’est sérieux.
Alors je reprends ma préparation aux événements importants, comme pour les régates de nuit! Une bonne semaine pour se lâcher et fêter cette belle saison avec les copains, l’équipage de Rêve orange en Tête. Avec eux, à partir de 23 heures (comprendre 2 Gr dans chaque poche), on devenais tous les Champions du Monde. Une équipe vraiment super. Dois je avoir des préférences? J’assume. Mon préféré, sûrement le plus fragile, c’est Stéphane. Le frère du célèbre Christophe. La fragilité de Stéphane, je la ressens à chaque instant. Elle le rend attachant. Comme il avait la même préparation des courses de nuit que moi, l’on se retrouvais souvent ensemble, tous les deux pour faire tourner la machine aux heures ou tout le monde perdait sa lucidité. Il a toujours assuré comme une bête. Tout en gardant une bonne humeur, une bienveillance, un calme… Et son air un peu pommé. Son charme agit.
A L’opposé, notre fille du bord. çà, c’est vraiment trop drôle. Jeune femme de bonne famille from Paris. Franchement décalée dans cette l’ambiance « Sex, Drogs and Rock n’Roll ». Notre fille apporte son humour froid, très British. J’adore. Elle est devenue garçonne au fur et à mesure de la saison. Intelligente, c’est sa façon de s’adapter. Je suis convaincu qu’elle prend un réel plaisir à sortir de son monde. Enfin, ce que j’imagine de son monde que je ne connaît pas. Elle à toujours joué le jeu. Comme les T shirt à la C.. qu’on s’était fait pour faire comme les pros. Ridicules, mais c’est trop bon.
Et JR, le vieux du bord. Il a au moins trente huit ans. Il est le navigateur, spécialité dont j’ai horreur. Un excellent navigateur. Il est aussi la caution relationnelle auprès de mes parents. Sans lui, la moyenne d’age dépasse à peine 18 ans. Çà rassure les vieux… S’il savaient! Pour JR, nous sommes sa récréation, on le fait marrer. Ce chef d’entreprise dans les technologies moderne (il vient de développer et produire le premier micro ordinateur grand public), un peu comme notre fille du bord, il en profite pour « changer d’air ». Comme c’est le seul membre de l’équipe qui travaille, il nous rejoint en ferry pour les courses au départ d’Angleterre. Ça nous a mis, un soir où l’on devais le récupérer, dans une situation incroyable. Son ferry arrivait à Southampton vers 23 heures. Nous avions convenu de le chopper avec Rêve Orange parce qu’à cette heure là, plus aucune navette pour relier l’Ile de White. Sauf que… Le port des ferrys est une enclave d’une zone de la Royal Navy! Mais ça, on ne le savais pas. Nous n’avions pas vraiment regardé les cartes (sur que c’est pas mon fort!).
Nous nous rapprochons du ferry, sans trouver d’emplacement adéquate. Il fait nuit noire. Nous tournons en rond à la recherche d’une solution. sans réussir à le joindre. Les téléphones portables n’existent pas en 1977! Sans le savoir, pendant qu’on fait des ronds dans l’eau, lui voit nos feux de route. Comme nous il recherche une solution.
Intrus dans une base militaire, il se fait arrêter! Amené manu militari (logique) au poste de garde, il est questionné. Il explique son cas. Les gardes restent interrogatifs.
Succession rapide d’événements, un navire de sa majesté nous arraisonne. Projecteurs pleins flash. Ces militaires ne découvrent pas des terroristes intrus dans leur base bien gardée, mais une bande de gamins chevelus à la gueule cramée par le soleil. Ça fait pas vraiment réseau souterrain…
Nous expliquons notre cas. Nous sommes inquiet de la façon dont ça peut se terminer. Arrêtés par des militaires et notre JR dans la nature. Minuit approche. Demain, on régate. En fin , on espère…
Après nos laborieuses explications, l’un d’eux disparait à l’intérieur, puis reviens avec un sourire en coin pour nous donner l’ordre de rester sur zone. C’est certain, on n’est pas parti pour désobéir! Sans aucune informations, on n’en mène pas large sur notre proche avenir. Moteur coupé, silence, aucun de nous n’ose bouger le petit doigt.
Dix minutes plus tard, nos policiers militaires reviennent à fond de gaz. De grandes gerbes d’écumes de part et d’autre de l’étrave. Il stoppent à nouveaux à couple de Rêve Orange pour nous livrer tout sourire notre JR National.
Il sont fier de leur effet nos militaires. Promis, nous ne recommencerons pas.



L’Inconscience d’une Carrière en Gestation.

Gagner le fastnet à 17 ans, on doit pas être nombreux.

Attention, minute Modestie!

C’est bizarre cette obsession d’enfant. Faire du bateau à voile. Aller plus vite que les autres. Se mettre en rivalité. proposer des régates amicales. Des défis, même à des beaucoup plus vieux que moi. J’ai commencé ça avant l’âge de 10 ans.
C’est dans les Rêves des enfants d’aller le plus vite au monde, de sauter le plus loin, d’avoir la plus grande (celle là, elle est réservée aux garçons), d’être LE champion of the world. la plus part du temps, ce sont des Rêves qui restent dans les BD ou dans l’écran de télévision.
Ce qui m’est bizarre, c’est que je ne connais pas ces Rêves. Pas ceux là. Mes pensées ne sont pas de Rêve mais de projets. C’est mécanique. Je n’en tire absolument aucune fierté car ça m’échappe. Je ne peux ni ne sais faire autrement. Même si souvent, vraiment très souvent, je mets beaucoup de temps pour arriver à mes fins. Dans tous les domaines que j’ai abordé, j’ai toujours mis beaucoup de temps et d’énergie là ou d’autres sont « faciles ». C’est peut être à cause de ça que mon père disait que je n’étais pas scolaire… Et je ne vous parle pas des filles!
J’ai besoin de faire, si possible de mes mains (avec les filles aussi?). Cela m’est nécessaire pour bien vivre, m’imprégner du sujet. Et lentement, avec obstination, voire avec obsession (!?!), poser mes pas en direction de ce qui m’attire: Faire du bateau à voile, en course (Ouf!)

Ce n’est pas la vitesse pure qui m’attire. Les bateaux à moteurs n’ont jamais, vraiment jamais eu un quelconque intérêt à mes yeux. C’est le jeu. Jouer des éléments qui se présentent et qui changent à chaque instant. Essayer, bidouiller, pinailler, jouer des limites pour trouver le moyen de passer devant.

Le plus étonnant, c’est que je me prenais des raclées presque à chaque fois. C’était terrible. Mais quelque chose m’animais. Freud ferait assurément la démonstration que ce « quelque chose » se loge dans mon caleçon. Hé ben, vus ce que ça donne, le contenu de mon caleçon doit ressortir par les oreilles…

Grande fierté. Aujourd’hui, c’est la Fête.

J’ai 17 ans et j’ai gagné mon premier Fastnet!



Les Nuits S’Enchainent.

Le petit temps domine ce Fastnet. Nous doublons Land’s End en début de la deuxième nuit. Pas un record de vitesse. Cheval Fou excelle dans ce petit temps eau plate. Nous sommes en permanence entouré de plus gros que nous. Nous n’en croisons aucun de notre classe. C’est très bon signe. Sauf si nous n’avons pas fait les bons choix de nav. Auquel cas, nous serions champions parmi les toquards.

C’est une équipe qui tourne fort, sur du bon matériel et la météo qui va bien. Ça force chacun d’entre nous au dépassement de soi. On le sent, ça donne des ailes.

Nous avons eu un peu de vent les 24 heures qui suivent pour une approche du phare du Fastnet en milieu de la troisième nuit.

C’est pour nous tous particulièrement excitant de virer ce phare mythique. La frustration de le passer de nuit est compensée par une vision incroyable. Le bateau qui nous précède est un classe 2 presque aussi mythique que le phare que nous contournons. Révolution! Un admiraleur un peu ancien mais admiraleur qu’en même.

Décidément, ça sent vraiment bon.

Il reste environ 250 miles de course, 250 miles pour rejoindre Plymouth et tout faire pour confirmer.

Nous avons un peu d’air. Tout le monde est au rappel sauf un qui peut dormir à l’intérieur . Il n’y a qu’une couchette du bon côté. L’enthousiasme collectif nous motive à tous les sacrifices, même à dormir dans les filières sur une course qui est partie pour durer 5 jours.

Le vent faiblit. Décidément, c’est un Fastnet de petit temps. Du petit temps qui dure, avec de longs moments de pétole. Deux jours complets pour arrondir des Scilly.

Nous avions du ravitaillement pour 5 jours avec une petite réserve supplémentaire. C’est pile ce que nous allons mettre pour ces 605 miles.

Nous décidons de rationner la nourriture et l’eau. Nous apprendrons une fois à terre que certains équipages n’avaient prévus que quatre jours d’avitaillement et d’eau. Par cette forte chaleur… J’ai observé le veille de l’arrivée une scène particulièrement inhabituelle. Dans un calme noir, mer d’huile, un hélico s’approche de nous alors que la côte est encore éloignée. L’hélico se met en stationnaire au dessus d’un voilier de la course qui a tout affalé pour cette manœuvre. Un homme tout habillé d’orange descend pour apparemment extraire un membre d’équipage, le remonte dans l’hélico. Il repartent immédiatement vers l’Angleterre.
La scène est trop loin pour être certain de bien comprendre ce qui s’y passe, mais ça ressemble à un hélitreuillage. Ça sent pas la bonne nouvelle. Là aussi, c’est après l’arrivée, à Plymouth, que la confirmation d’un décès nous est confirmé. Il s’agit du skipper. Est ce à cause de la chaleur et du manque d’eau… Je peux juste espérer qu’il est mort heureux. Comme si DSK claquait dans les bras d’une pute… Blonde à forte poitrine. Bien évidemment.

J’y pense parfois. Moi aussi, j’aimerai bien mourir comme ça…
Sur mon bateau…
En pleine navigation…
Et pourquoi pas avec!!!

Ça doit être le soleil qui me fait délirer, quoi que?

Nous nous sommes rationnés à cause de cette pétole qui dure. Et c’est pas tout.
C’est sans compter avec la dernière nuit. Pas prévue au programme. Une pétole noire au point d’être contraint de mouiller plusieurs heures. Pas assez de vent pour étaler le courant.
Ce n’est que dans la dernière matinée qu’un bon médium se lève. Contraire à notre route, ça nous aurait surpris qu’après s’être trainé sans vent pendant 600 miles, Éole nous offre ce cadeau de finir les 5 derniers miles plein pot.
Au près dans le haut médium, notre principal concurrent nous double vraiment facilement. Tout compte fait, c’était pas mal de ne pas avoir de vent…

Par le jeu du temps compensé, nous gagnons notre classe et ratons le Toutes Classes de quelques heures après être resté toute la nuit si près de la ligne d’arrivée. C’est le jeu.

Pour ma part, je suis comblé. Gagner le fastnet à 17 ans, on doit pas être nombreux.



Au Large, l’Esprit Vagabonde

Un équipier du quart descendant me réveille, il est minuit. Réveil en douceur, même si j’ai l’impression de m’être endormi seulement 5 minutes avant. C’est pas loin d’être le cas… En fait de nuit, c’est une sieste! C’est trop dur. Je l’dirai à ma mère.
Même pas vrai. Je suis heureux d’entamer cette première des quatre nuits prévues au programme. Je suis heureux en mer. Encore plus heureux en course. Plus encore heureux la nuit, en mer et en course. Le rythme est différent la nuit. Le contact avec les autres concurrents reste vraiment présent. Mais de façon différente. Les repères changent. De leur formes, couleurs de coques et de voiles vues de jour, nous les reconnaissons maintenant aux lueures émisisent. A leurs feux de navigations. Dans le mat ou sur la coque. Fort ou petite loupiote. Les rouges et verts en haut et le blanc en bas. Nous les suivons aussi à le couleur de l’éclairage des cadrants électroniques. A la façon qu’a l’équipage d’éclairer les voiles. L’on essaie de deviner s’ils changent de voile. Il sont sous génois ou sous spi? S’il ont viré. Le moindre coup de torche nous renseigne. Tout ceci demande plus de concentration alors que normalement nous devrions dormir. C’est pas fait pour ça la nuit?

Les repères changent aussi pour notre bord. Les vagues ne se voient plus mais se ressentent. Les voiles imposent de trouver d’autres points de repères avec la torche du cockpit. Nous ne voyons plus les penons. Les sensations, les mouvements du bateau, le feeling comme disent les Glaouches, prennent une importance primordiale. La recherche de concentrations, pour trouver les bons repère et ainsi perdre le moins de vitesse possible, m’envahit pleinement.

Ça, c’est une fois de quart sur le pont. A cet instant, je continue à souder chaque connexion de mon pauvre cerveau encore endormi. J’ai 4 heures devant moi pour prendre un petit déj (J’ai diné à 21 heures et il est minuit!), faire une micro toilette, préparer mes vêtements. Effectuer un ultime effort pour brancher les derniers neurones avant de monter sur le pont pour manœuvrer. Sur le pont ils ne sont que 2 à faire tourner la bête, il faut les aider pour les manoeuvre. Rentrer à nouveau dans le carré pour tenter un dernier repos avant de prendre le relai pour barrer, régler, surveiller.

Regarder les étoiles aussi.

Même super concentré, la nuit installe sont ambiance. Inconnues, mystère. Silence surtout. Le petit temps amplifie ce silence. Tant de nouveauté. Je ne pense à rien. Même pas à ceux que j’aime.

Douce, la tempérture de ce début août ajoute son petit effet à cette nuit.

Réveillé à minuit pour 4 heures en stand by, prêt à venir aider sur les manoeuvres. Puis de quart de 4 à 8 heures du matin pour faire marcher le bateau à fond et tenter de grapiller quelques places. 4 à 8, c’est un quart que nombre de navigateurs cherchent à éviter, qu’ils soient de marchande, de pêche, de guerre ou simple plaisancier. En effet, à la fin quart, il faut s’endormir le plus rapidement possible pour engranger un peu de sommeil avant d’être réveillé quatres heures plus tard pour un nouveau stand by et ainsi de suite. Pas facile de s’endormir à huit heures du matin quand tous les repères naturels indiquent: « Debout la dd’ant, les oiseaux chantent! »

4 à 8, ce quart mal aimé, moi, j’adore! Plusieurs raisons. C’est l’heure où la concentration est la plus difficile à tenir, nous doublons alors plein de monde. Moi, ça me plait d’aller plus vite que les autres, surtout quand ils sont plus gros! C’est l’heure où la lucidité est mise à mal. J’ai vu les plus grands (pas vrai Michel, Richard ou Pierre?) ne pas se rendre compte que le vent tourne progressivement, tout doucement au point qu’ils se retrouvent dos à la route pendant de longues minutes. A force de mettres toutes ses forces dans les réglages, on en oublie le reste! C’est aussi l’heures où la lassitude est telle que l’on reporte les manoeuvres difficiles à trop tard. Le bateau marche moins bien, ou pire, c’est un génois déchiré (n’est ce pas Benoît?).

ca, c’est pour la technique.

Ce que je préfère dans le 4 à 8, ce sont les lever de soleil. Un nouveau monde qui s’ouvre. Je ne suis pas un lève tôt, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais les lever de soleil en mer… L’air du matin nettement plus limpide, cette boule rouge sort de l’horizon. Imaginez la scéne avec « Ainsi parlait Zarathoustra » de Karl, la musique de 2001 odissé de l’espace. « ca déchire » en langage jeune.

Je ne me lasse jamais de ce spectacle. Lorsque Foggy Dew s’en mèle… Le tout se transforme en une jouissance celeste des plus humides.

Je me rappelle que je suis là parceque ma frangine a eu une adolescence qui ressemble à ce lever de soleil…



Le Large s’Invite à Bord.

Tout est nouveau pour moi. Tout ce qui arrive, comme ça, d’un coup me laisse longtemps dans un état inconnu jusqu’alors. Rêveur, étonné, émerveillé. Bourré d’envie.

Nous sommes dans le premier départ, en class 5. Les suivants, normalement plus rapide que nous, les class 4, partent 10mn après nous. Puis les class 3 et ainsi de suite jusqu’aux class zéro. Là, c’est du lourd!

Nous sortons du Solent dans les premiers. Pas encore rattrapé par plus gros que nous. Soleil superbe, paysages magnifiques, des accompagnateurs particulièrement enthousiastes nous suivent au moteur. pour tous, le spectacle vaut le déplacement. Contre le courant, nous longeons l’ile de très prés pour s’en protéger, et profiter des contres courants dans le fond des baies. ce jeu jusqu’à ce magnifique petit port de Yarmouth. Là le courant s’inverse. C’est le moment opportun pour traverser le Solent et se faire jeter au large par la « chasse d’eau » au niveau de Christchurch. A cette pointe, l’accélération du courant est surprenante. Le piège, c’est qu’en abuser. Le vent à moli et derrière la pointe, le contre courant bloque les trop gourments. C’est un piège. J’en vois qui vont y rester des heures! Ceux là regarderons les falaises blanches des Needles avec des yeux moins brillants que les miens. Les Needles, pointe ouest de l’Ile de White, est un lieu unique. Ces « aiguilles » de calcaire qui sortent de l’eau, leur lumière éclatantes attirent inexorablement le regard. Même si vous êtes à la barre et en régates. Les penons attendrons…

Nous sommes rattrapés progressivement par tout ce petit monde de la course au large. Je vois défiler les plus beaux, les plus modernes. Des déco d’enfer. Des voiles superbes. Il me semble reconnaître certaines stars. A la barre, à la tactique, à la navigation, des maîtres voiliers de renom. Quelques semaines avant, je rêvais en admirant leurs photos dans les revues spécialisées. Un jour j’y serai! En tout cas, ça fait envie. Certains prennent des options de navigation différente de la notre, je ne peux les voir de près. You can’t always get what you want…

Je laisse l’excitation du départ dans le sillage. Chaque mile parcouru installe un peu plus la vie à bord. Le petit dej (encore bonjour Michel) et le sandwich du midi disparus à tout jamais.  Vers 21 heures premier vrai repas. Nous ouvrons le sac nommé « Dimanche » (je vous parie que pour demain, le sac de bouffe s’appellera « Lundi ») pour préparer ce premier repas chaud. Des pâtes surement! Pour moi, la tension redescendue, j’ai moins de mal à les avaler que le mauvais pain de ce midi.

Nous continuons en mode « Régate » jusqu’à minuit, heures du premier quart: « Je dois aller me coucher? Mais je n’ai pas envie de dormir!



Coup de Canon Libérateur.

L’atmosphère est particulière ce matin. Malgré les bières tièdes ingurgitées la veille au soir, mon sommeil a été un peu agité. Comme souvent à Cowes, pour les départs de grandes courses, sur l’eau c’est comme une sortie de paris le vendredi soir. Des centaines de voiliers pour un lieu qui paraît brutalement trop petit.
Ce qui est particulier aujourd’hui, c’est le monde à terre. Des milliers de spectateurs. Une foule des plus hétéroclite composée de vielles dames, de famille avec poussette pour morveux, des originaux en tout genre et des minettes à peine rhabillées de la nuit. Seul les Glaouches savent être à ce point mal fringués. Des vielles dames aux foufounettes (le correcteur d’orthographe propose fourgonnette, c’est pas drôle ça?) rouquines, pas une pour rattraper l’autre.

Le départ du Fastnet, c’est aussi le départ de la dernière, plus longue et la plus éprouvante course de l’Admiral’s Cup. Forcément, ça attire du monde.
Ce monde vient de partout dans le monde. En effet, l’Admiral’s Cup est une épreuve réellement internationale. C’est son principe même puisque des équipes de nations qui s’affrontent. Ces équipes se constituent de 3 bateaux, de trois tailles différentes. Un Petit, de « seulement » 12 mètres, un moyen et un grand de plus de 16 mètres. La médiatisation est rarement aussi mondiale pour une épreuve de voile. Dans la foule des spectateurs, les familles d’équipages se fraient difficilement un chemin pour tenter de s’installer au premières loges. Même si le spectacle est aussi dans la foule…
Atmosphère spéciale par l’exception de ce qui nous attend. Rare sont les régatiers qui partent pour 605 miles en course. Sur cette longueur, l’organisation en quart devient indispensable. Pour ma part, je n’ai jamais vécu ça. Sur les courses plus courtes, vous connaissez mon organisation. Je dors la journée pour récupérer de la nuit blanche qui précède le départ et cartonne la nuit quand les concurrents ont un gros coup de barre: « Commence à te battre, j’arrive! ». Pour le fastnet, c’est l’inverse. Il est nécessaire de bien se reposer. Emmagasiner du sommeil. Et respecter les quarts pour que le bateau tourne rond sur la distance.

De l’appréhension m’envahit. C’est trop bon.

Nous envoyons les voiles, un petit force 3 s’établit. C’est un thermique d’une régularité exacte lorsqu’il fait beau. Toujours la même heure, la même force et la même direction. Du coup, tout le monde sait de quel côté la ligne est favorable, que le vent va refuser juste après avoir franchi le Squadron. Ceux qui partent trop près de terre ne passent pas le squadron, pour eux c’est la M. Ceux qui partent trop loin ne profitent pas à plein du refus. Il ont le plaisir de voir passer les autres devant. Rien de grave il reste 604 miles, mais pour le moral et l’ambiance à bord, c’est toujours bon.

Nous préparons notre coup, même si nous avons décidé d’être prudent. Quelques virements de bord pour se positionner. Vérifier la pavillonnerie à terre pour ne pas faire d’erreur. Décompter le temps avant le départ, 2mn30… 1mn… 30s… Tu peux y aller, on a de la marge, vas y, c’est parti.

Et ben… C’est parti!

Chaque classe à son départ, les petits partent en premier. Comme nous sommes les petits, nous sommes du premier train.

Dommage, j’aurai bien aimé regarder les gros à l’œuvre. En particulier ceux de l’Admiral’s Cup. Le niveau des équipage est élevé. ça doit donner!

Parti pour au moins quatre jours de course. Je n’ai jamais dépassé 1 nuit et jamais fait de quart. Découverte.



La mecque de la voile.

C’est bien ici que nous étions pour cette belle compétition du Julilée de la Reine, il y a quelques semaines. Cowes, sur l’Ile de White, est considérée comme la Mecque mondiale de la voile (parce-qu’il y a des sous-Mecque et des Mecque régionales…). C’est le berceau des grandes compétitions. L’histoire de l’América’s Cup est née ici, quand la goélette « América » a traversé l’atlantique  pour défier les Anglais, alors les Maîtres des mers. Ils ont pris une telle raclée que, lorsque le Roi, trônant sur la ligne d’arrivée, a demandé qui était second, on lui répondit, avec cet humour so British: « Majesté, il n’y a pas de second ».

Tout se trouves, tout se répare à Cowes, dès lors que cela concerne le « yachting » et que vous avez des Livres Anglaises pour régler la note. Lors de la première saison de rêve Orange, dès la première traversée du Channel, nous avions cassé une barre de flèche, C’est une partie du mat. Pour nous c’était un problème. Ici, rien que des solutions! En quelques heures, la barre de flèche a retrouvé sa place. Le mieux, elle est encore à poste… Avec sa réparation d’origine.

Des noms immenses ont pris leur notoriétés au départ de Cowes. Le premier d’entre eux, Beken of Cowes, photographia les fameux Classe J. Ses descendants poursuivent la tradition. La voilerie Radsey, première voilerie moderne à domestiquer ces voiles immenses, si lourdes de ces mêmes Classe J. Des Shipchandler tels que Hadkey.

Cowes est aussi le Royal Yacht Squadron. Ce sont ses canons que l’on remarque lorsque l’on arrive par la mer. Ne cherchez pas à y entrer. Sans blazer, chemise blanche, cravate de votre club et… accréditation ou invitation en bonne et dû forme, pas la peine d’insister. C’est clair, lorsque vous voyez les lieux, vous vous dites que c’est pas pour vous!

Cette partie particulièrement active et efficace se nomme précisément « West Cowes Marina ». il existe un autre Cowes, qui fait partie du même ensemble. Beaucoup plus « country » d’un côté de la rivière, ou industriel  de l’autre côté. Est Cowes Marina, vraiment bucolique, mélange le vert avec la mer (je n’ose dire « le bleu de la mer », ne pas oublier que c’est l’Angleterre ici… »). A certains endroits, l’on peut même installer son campement près du bateau. Ça réduit les frais!



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